La plaque du Souvenir et les expulsions de 1940

Les expulsions en 1940

Extraits de plusieurs récits d'expulsés du mois de novembre 1940

L'homme des expulsions, le gauleiter (équivalent d'un préfet) Joseph Bürkel, ancien instituteur allemand, était arrivé à Metz en août 1940.

Eliminer de Moselle les français dits de l'intérieur, les fonctionnaires, tous ceux qui ne parlaient pas allemands, tel était le motif des expulsions de 1940.

Commencées en septembre, c'est surtout en novembre qu'avaient eu lieu les expulsions massives. Des listes de personnes à évacuer avaient été préparées et des affiches dans les communes invitaient leurs habitants à rejoindre la zone libre.

Dès le début du mois, les hommes, habitants des villages, avaient été convoqués à la mairie où un allemand expliquait que l'Alsace-Lorraine était depuis longtemps une pomme de discorde entre la France et l'Allemagne. Voulant en finir avec cette brouille, il avait été décidé d'établir une frontière entre les deux pays ; d'un coté les vrais allemands, de l'autre les français. La population française n'ayant pas de vrais sentiments allemands devait être transplantée soit vers la Pologne, soit vers la France avec juste quelques bagages et 2.000 francs par personne, laissant le reste de leur biens sur place.

Après la Toussaint avaient circulé les premières rumeurs d'expulsion de quelques villages de la région messine.

Les familles avaient commencé à préparer les valises pour leur départ, "ce que vous pouvez porter" avaient dit les allemands. Chaque membre de la famille avait prévu son sac ou sa valise avec ses vêtements. Dans chaque sac on rajoutait quelque chose de précieux ; huile, savon, café, sucre, farine, de la "goutte" (eau de vie) etc... La plupart des concernés, le sentiment patriotique étant très fort, avait caché un drapeau tricolore dans leurs bagages. Certains plus astucieux avaient réparti un morceau de tissu décousu de chaque couleur, bleu, blanc et rouge.

Par suite des désordres et manifestations provoqués dans la région, les allemands avaient cessé de convoquer les habitants des villages afin qu'ils indiquent leur préférence pour la Pologne ou la France.

Les expulsions massives avaient commencées le 12 et s'étaient terminées le 22 novembre. Certaines localités avaient été prévenues le 8, parfois même 15 jours à l'avance.

Les allemands occupaient les communes avec un détachement militaire qui sillonnait le village pour empêcher la fuite du mobilier ou du bétail. Un inventaire complet des biens était fait par un allemand dans les familles désignées pour l'évacuation. Il laissait croire que cet inventaire était fait pour une indemnisation après la guerre, mais celui-ci servait au classement des propriétés, pour la distribution aux différents successeurs allemands.

Le sentiment des expulsés se résumait à cette phrase ; "Etant Lorrains de langue française, nous devions laisser la place à des populations de langue allemande, tout ceci pour mettre la main sur nos biens".

Un gendarme (que les français appelaient "haricot vert") venait terminer les formalités : inventaire sommaire pour constater que rien ne manquait, ordre d'expulsion, ordre donné aux éventuels domestiques de rester sur place pour soigner le bétail et surveiller que rien ne disparaisse jusqu'à l'arrivée du successeur le lendemain. Il récupérait les titres, les livrets d'épargne et le surplus de liquide dépassant les 2000 francs autorisés par personne. Au moment du départ, ordre était donné d'éteindre le feu et de laisser les clés sur la porte.

Le jour de l'expulsion il n'y avait pas d'école et les enfants étaient renvoyés chez eux. A un emplacement donné du village, les bus prévus embarquaient les expulsés que les allemands allaient chercher à domicile pour les charger deux heures plus tard dans les cars.

Ces cars qui les emmenaient prendre un train, se dirigeaient vers la gare de marchandises du Sablon. Personne des déplacés ne connaissait ni la direction, ni la durée du voyage.

Munis de leurs bagages et des 2.000 francs autorisés, environ 70.000 personnes avaient été réunies au parc des expositions (actuel parc de la Seille) en attendant leur départ par le train.

Chaque jour, quatre trains longs d'environ 300 mètres sur un quai extérieur de la gare près du château d'eau, transportaient les expulsés vers leur destination première : Lyon. Des allemands en uniforme se promenaient le long du quai, mais ne contrôlaient pas les bagages. Au départ du train quelques militaires et des infirmières voyageaient avec les expulsés.

Personne ne pleurait, les expulsés se forçait à sourire pour narguer les allemands, les gens étant fiers, c'était les policiers allemands qui étaient honteux de la triste besogne à faire.

En gare de Nancy, quelques infirmières de la croix rouge distribuaient du lait pour les enfants, puis le train prenait la direction de Toul. Les wagons sans WC n'étaient pas très confortables. Arrivée à Chalons sur Saône, avec un arrêt assez long s'expliquant par le départ des militaires allemands et des infirmières qui quittaient le train, Chalons étant la dernière gare de la zone occupée.

La ligne de démarcation passée, les drapeaux tricolores sortaient de leur cachette et claquaient à toutes les portières.

A Macon une réception chaleureuse attendait les expulsés, avec présentation des armes par un détachement militaire français à l'arrivée et au départ, du ravitaillement, soupe chaude, pain, viande, café, lait pour les enfants. La croix rouge et les scouts présents, l'amitié et la douceur française était retrouvée.

A Lyon, accueil par des refugiés déjà dans la ville depuis plusieurs mois. Un arrêt de plusieurs heures avait permis de pouvoir faire une toilette sommaire. Du ravitaillement était donné sur le quai par des scouts et des insignes d'expulsés de la Moselle étaient disponibles, un petit écusson avec croix de lorraine et une hirondelle bleue, donnant l'espoir d'un retour rapide, en rappelant le retour des hirondelles au printemps.

Ensuite départ vers le sud pour différentes destinations selon les trains.

  • Avignon, Nîmes, Toulouse, Tarbes, Lourdes, pour les uns avec débarquement à Pau où se faisait la répartition vers les communes d'accueil, les expulsés étant transportés par des camions militaires.

Arrivés dans un village devant la mairie, regardés avec curiosités par les habitants, un représentant de la mairie leur attribuait soit un logement disponible, soit un hébergement dans une école ou une salle commune. La population méfiante au début, devenait plus souriante par la suite.

Les réfugiés devaient trouver un logement, de quoi se nourrir, puis finalement un petit travail pour pouvoir s'intégrer. Dépourvu de tout, les débuts avaient été très durs.

  • Pour d'autres débarquement à Avignon avec arrêt pour 24 heures au centre d'accueil des permissionnaires de la guerre.

A midi dans un grand réfectoire un excellent repas préparés par les poilus, soupe aux légumes, nouilles, bœuf, pain, vin, pommes et café. Le soir le repas était à peu près identique. La nuit avait été passée dans les lits à étages des permissionnaires.

Les services de la préfecture avaient établi des listes de répartition pour tout le département. Chaque chef de famille recevait un numéro qui correspondait à une localité. Très belle organisation, les bagages étaient triés avec ce numéro et rechargés dans les wagons portant le numéro de la localité attribuée.

A nouveau dans le train, départ pour Carpentras, Orange, etc... A chacune de ces gares un groupe portant tous le même numéro descendait avec leurs bagages. Quelques uns partaient immédiatement en car pour les localités voisines.

A Carpentras, accueil à la gare par environ 200 personnes, les autorités, les écoles, les sœurs, les scouts, les curés, etc... Arrivés à la mairie les enfants recevaient gâteaux et bonbons. A la mairie réception avec lunch, discours.

Inscrits sur des fiches et pourvus de carte d'alimentation, les expulsés reçus dans un premier temps chez l'habitant, étaient ensuite logés dans la ville avec une distribution de meubles et d'objets de première urgence, le tout presque gratuit.

La plaque du Souvenir

Une plaque commémorative a été apposée le 2 novembre 2010, à l'entrée du passage de l'Amphithéâtre pour rappeler aux passants, qu'à l'emplacement du centre Pompidou existait une gare de marchandises construite par les allemands au début du XXème siècle, à la période de l'annexion.

Lors de la dernière guerre en 1940, à Metz et en Lorraine en zone occupée, les dirigeants allemands avaient expulsé de nombreuses familles françaises, qui avaient pour la plupart trouvés refuge dans le sud de la France en zone libre. Ces familles ayant transité par la gare de marchandises, l'emplacement choisi pour le souvenir est évocateur de cette douloureuse période.

La plaque et les drapeaux sont en attente Attente de la découverte de la plaque
Plaque pas encore dévoilée De plus en plus de monde







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