La poudrerie

Pour remplacer un moulin à poudre situé au Therme, qui avait explosé vers 1580, il avait été construit (la date de construction n’est pas connue) un autre moulin à poudre, à l’angle du pré du Saulcy près de la digue des Pucelles.

En 1714 des terres avaient été enlevées parce qu’elles obstruaient le canal passant par la digue des pucelles et le moulin de la poudrerie. Dans l’ignorance de la date de construction de la poudrerie, c’était la première confirmation de son existence. Mais vu l’état de la poudrerie lors de l’inventaire de 1716, elle semblait relativement ancienne.

Les différentes poudres

La poudre de guerre comprenait deux variétés : la poudre à canon employée dans les bouches à feu et la poudre à mousquet destinée aux armes à feu portatives.

La poudre de mine était fabriquée en deux variétés : la poudre de mine ronde et la poudre de mine fin grain.

La poudre de chasse offrait trois variétés : la poudre de chasse ordinaire appelée quelquefois poudre fine ou poudre à giboyer, la poudre surfine, la poudre extra-fine. Les procédés de fabrication établissaient la supériorité relative de ces différentes sortes de poudre.

La fabrication de la poudre était exclusivement entre les mains de l’état, aucun particulier ne pouvant exploiter ce genre d’industrie, même sur la plus petite échelle,

Le 11 mars 1716 un inventaire avait décrit l’état de la poudrerie.

La porte et le pont de la poudrerie se trouvaient dans le prolongement de la rue de la Haye. La poudrerie était répartie des deux côtés d’un angle situé à la digue des Pucelles.

Inventaire des poudres

  • 2.000 livres de salpêtres
  • 10.000 livres de salpêtre raffiné
  • 1.800 livres de poudre de guerre
  • 694 livres de poudre à giboyer (pour chasser le gibier)
  • 1950 livres de charbon de bois

Inventaire des ustensiles à la raffinerie

  • une chaudière emmurée dans le fond du bâtiment
  • une autre chaudière aussi emmurée
  • 5 cuves de bois de sapin pour mettre les eaux grasses dans lesquelles il y a 32 hottes d’eau grasse
  • 22 bassines de cuivre jaune pour le salpêtre
  • 2 couvercles de bois de sapin pour mettre sur les bassines
  • 10 refroidissoirs de bois de sapin pour mettre sur les bassines avec les salpêtres
  • Chaudrons, écumoires, etc…
  • une fourche et une pelle
  • un grand fléau ou balance avec ses cordes et plateaux

A la poudrerie

  • 6 rouleaux de bois pour former le grain en poudre
  • 4 cuves de sapin pour mettre les poudres dans le magasin
  • 22 cuves
  • 57 barils
  • 50 châssis pour sécher les poudres
  • 22 draps pour sécher les poudres
  • 15 tamis
  • 3 balances avec des poids, pour peser les poudres
  • 4 tinettes en chêne pour porter les poudres du grenier au moulin et du moulin au grenier
  • 2 plaques de fer pour couvrir les fourneaux lorsqu’on fabrique le charbon
  • 2 tables de sapin sur des tréteaux

Description des bâtiments

La porte d’entrée qui servait de clôture à la poudrerie était en bois pourri ainsi que la guérite de la sentinelle et la cloison qui servaient de fermeture aux deux côtés du pont, nécessitant de grosses réparations.

Le canal qui amenait l’eau aux batteries était à réparer à l’angle d’un des ventaux, une tablette en pierre de taille était à mettre sur le mur de pierre et du crépi à refaire sur ce mur.

Le pilotage à côté du ventail et à la tête des batteries avait été emporté par les glaces de l’hiver précédent. Il fallait le refaire sur la longueur de 8 toises, mettre des planches derrière les pilots, remettre des terres à bonne hauteur et faire une palissade au dessus du pilotage qui servait de clôture à la poudrerie, du côté de la rivière. Il fallait rétablir les murs du canal qui menaçaient ruine et en plancher le fond. Aux endroits abîmés il fallait remettre des planches derrière les pilots qui soutenaient les terres du côté de la chute du canal, pour garantir les murs des batteries et remplir de terre à hauteur du terrain.

Le canal était à couvrir avec 4 planches remplaçant celles pourries, qui servaient de passage pour aller à la batterie Sainte Barbe.

Les deux moulins étaient séparés par une ancienne muraille qui avait été réparée et prolongée.

A la batterie Sainte Barbe deux des cloisons étaient posées sur des murailles de 3 pieds de haut hors de terre, pour empêcher la pourriture des planches.

A remplacer deux liens du faîtage à la toiture de la batterie ainsi que les chéneaux pour empêcher les gouttières.

A la batterie Saint Pierre attenante à la précédente elle se trouvait entièrement hors de service à l’exception des bois de la toiture qui pouvaient encore servir.

Le hangar situé entre les batteries et le grenoir il empêchait la propagation des explosions. Le hangar qui servait à mettre les bois et autres provisions se trouvait entièrement pourri, les bois et les planches qui le couvraient menaçant d’une ruine prochaine.

L’autre hangar qui servait de tonnellerie faisant face à la rivière était couvert de tuiles creuses en assez bon état. Il fallait remettre un quarteron de planches aux cloisons qui étaient pourries.

Le pavillon attenant vis-à-vis les batteries où logeaient le maître poudrier et les ouvriers n’était construit qu’avec des assemblages de bois. Il y fallait quelques toises d’enduit et refaire à neuf le plancher de la chambre basse où couchaient les ouvriers. Les deux foyers et contre-feux des deux cheminées étaient à réparer. Deux marches d’escalier de la chambre d’un ouvrier et quelques vitres étaient à refaire.

Dans le bâtiment attenant le plancher par terre était complètement pourri et hors de niveau suite au débordement des eaux qui y avaient séjournées. La couverture étant faite de tuiles creuses il fallait trouver les gouttières et y faire un ciment pour empêcher l’eau de communiquer avec le pavillon du maître poudrier.

Quant au bâtiment qui servait à mettre le feu au fourneau pour sécher les poudres en hiver, il fallait raccommoder le foyer de contre-feu, le pavé et les vitres qui avaient été cassées par les soldats qui n’avaient pas d’autre endroit pour servir de corps de garde. Egalement à changer des tuiles manquantes à la toiture.

Le grenoir dont le plancher était hors de niveau et fort vieux, de même que les cloisons qui étaient pourries par le pied et les volets de peu de valeur. Ce bâtiment pouvait cependant encore servir et durer dans l’état où il était, il suffisait de mettre quelques tuiles et quelques carreaux aux vitres.

A la raffinerie vue depuis la rue de la Haye, il fallait mettre un seuil de pierre de taille à la bouche du petit fourneau à la place de celui hors de service, mettre aussi un couvercle de pierre de taille à la bouche du grand fourneau où l’on raffinait. Ce fourneau était à remettre à neuf depuis l’âtre hors de service, à refaire avec des briques neuves, piquer et boucher les fentes qui étaient au tuyau de la cheminée, supprimer une pièce de bois qui se trouvait au dessus de l’embouchure des fourneaux et crépir par-dessus pour éviter que le feu n’y prenne comme c’était arrivé peu de temps auparavant. Egalement à remette aux fenêtres, deux volets de bois.

Au magasin neuf où étaient conservées les poudres il fallait remplacer les planches pourries au sol.

A l’appartement attenant au magasin 4 volets étaient à raccommoder, quelques vitres à remplacer, ainsi que 4 planches au cabinet.

A la palissade qui fermait le petit jardin la plupart des planches étaient pourries, 35 étaient à remplacer. Les palissades qui fermaient l’enceinte de la poudrerie aux deux bouts de la demi-lune étaient tombées par pourriture.

Un petit hangar avait été construit pour mettre le bois à couvert.

La palissade qui servait de clôture du coté de la rivière depuis le corps de garde jusqu’au magasin penchait, prête à tomber dans l’eau parce que le terrain était miné par la rivière. Pour soutenir la terre en cet endroit et éviter que le corps de garde ne s’écroule il était absolument nécessaire de faire un pilotage sur une longueur de 22 toises et d’y mettre des planches devant.

Explosion à la poudrerie

Le 23 février 1724 le moulin à poudre et le petit magasin avec une assez grande quantité de poudre avaient sautés. Environ 800 kilos de poudre avaient pris feu, des débris enflammés avaient atterri au-delà de la digue de Wadrineau située à 1.300 mètres de distance. Deux hommes étaient morts, deux autres étaient gravement blessés.

Des dégâts considérables au voisinage, de la rue aux Ours où les fenêtres avaient été cassées à la rue du pont des morts où une très grande quantité de tuiles avaient été brisées. Les portes et volets des maisons qui aboutissaient au mur de la ville près de la digue des pucelles n’avaient pas résisté.

Nouvel inventaire en décembre 1724

Inventaire des poudres

  • 1670 livres de salpêtre brut
  • 4645livres de salpêtre raffiné
  • 1800 livres de souffre
  • 400 livres de poudre à giboyer
  • 11127 livres de bois
  • 67 hottes d’eau mère à bonifier les terres
  • 40 toises de terre à faire le salpêtre

Ustensiles à la raffinerie

  • 1 grande chaudière de cuivre jaune pour cuire le salpêtre
  • 1 petite chaudière de cuivre rouge servant à raffiner
  • 1 chaudière avec son trépied servant à fondre le souffre et mettre le salpêtre
  • 8 bassines de vieux cuivres jaunes
  • 4 autres bassines de cuivre jaune
  • 3 balances cuivre jaune 1 grande et 2 petites servant à peser les poudres et salpêtre
  • et leurs poids
  • un grand fléau ou balance avec ses cordes et plateaux
  • 3 petits fléaux pour la vente au détail des poudres et salpêtre
  • Chaudron, écumoire etc…
  • 1 fourneau de fonte pour le poêle à sécher les poudres
  • 1 grand cercle servant autour du fourneau à faire le charbon
  • divers outils
  • 7 livres de plomb en petits poids servant au détail de la vente en poudre
  • Divers objets en bois
  • Un moulin garni d’un tréteau de soie servant à mettre les souffres en fleurs
  • Du bois à brûler

Meubles dans la chambre des ouvriers

  • 2 matelas et 2 couvertures

Réparations à faire aux différents bâtiments

Grande porte d’entrée au bout du pont : Il suffisait de mettre deux planches au volant de la porte et de reclouer les planches au dessus du guichet.

Dans l’enclos de la poudrerie il se trouvait deux moulins attenants à la batterie Sainte Barbe située du côté de la rivière d’une dimension de 5 toises, 4 pieds de long sur 4 toises, 4 pieds de large. Le moulin était fermé par des planches de trois côtés et sa couverture aussi en planches, le tout étant refait à neuf.

Dans le moulin il y avait deux batteries composées chacune de douze pilons avec leur mortier en chêne d’une seule pièce. Un des pilons était rompu et pour l’une des piles en pierre de taille, les pierres sortaient de leur emplacement. Le hérisson est refait à neuf mais les deux lanternes étaient mauvaises.

Dans le moulin Saint Pierre de la même dimension que le moulin Sainte Barbe, se trouvait deux batteries composées chacune de douze pilons, deux mortiers en chêne d’une seule pièce, tous les deux fendus dans le milieu pouvant cependant encore servir fort longtemps. Comme le moulin Sainte Barbe, le moulin Saint Pierre était clos de planches des trois côtés, de même que la couverture, le tout neuf et en bon état. Un arbre neuf avec toute sa ferrure avait été installé au-dessus du nouveau canal car l’ancien arbre était trop court par rapport au nouveau canal. L’ancien arbre encore fort bon, était resté sur place avec toute son ancienne ferrure. Deux loges avaient été installées au bout des arbres, en dehors des moulins.

Un nouveau canal avait été fait pour le moulin de la batterie Saint Pierre, alors qu’auparavant les roues des deux moulins tournaient dans le même canal. Le nouveau canal avait 12 toises et ½ de long sur 3 pieds, 2 pouces de large et 9 pieds de haut jusque sur le radier. Le fond en maçonnerie était recouvert de planches en chêne ainsi que les deux côtés. Dans le fond du canal, un barreau dans le milieu servant de brise glace, séparait les deux canaux. Lors de la construction du nouveau canal un contre-mur avait été fait contre le mur du canal existant pour séparer les deux canaux.

Pour empêcher les eaux de la rivière de miner les murailles, un pilotage avait été installé, avec 14 pilots au bout de la nouvelle muraille et 75 pilots du côté de la digue des Pucelles où se trouvait un angle en pierre de taille. Un radier installé au bout des deux canaux, du côté du pont était protégé par 25 pilots en chêne.

Un bâtiment neuf avait été construit pour le logement des poudriers en remplacement de celui en très mauvais état. Le nouveau bâtiment avait 5 toises ½ de long et 4 toises 1 pied de large. Il était composé de 4 chambres avec cheminée, deux en bas, deux en haut. Chaque chambre avait une croisée en pierre de taille avec châssis vitré et une porte en pierre de taille.

Le hangar de 10 toises, 4 pieds, 9 pouces de long sur 6 toises, 2 pieds de large, où l’on déposait les terres, avait été relevé de 4 pieds plus hauts que par le passé. Il était fait de murs avec une partie en grillage des deux côtés. Un plancher avait été installé au-dessus pour en faire une remise à charbon. Le long du hangar une rabaissée avec trois fenêtres, couverte de tuiles avait été construite pour y mettre les provisions de poudres.

L’autre hangar sur le bord de la rivière, attenant à la maison où logeaient les poudriers, dans lequel se trouvait la raffinerie était en bon état. Long de 13 toises et large de 6 toises, il était entouré par des planches et couvert de tuiles.

Un magasin pour la dépose des poudres avait été construit pour remplacer celui qui avait été incendié. D’une dimension de 6 toises, 5 pieds de long sur 4 toises, 3 pieds de large, il était fait de maçonnerie tout autour, avec une charpente couverte de tuiles, un plancher par terre et une traverse à hauteur d’étage, faite avec des planches doubles. La porte d’entrée en pierre de taille avec son volant en chêne et les quatre fenêtres en pierre de taille complétaient la construction. La charpente des combles avait été couverte de tuiles jusque sur la muraille de clôture, pour mettre l’entrée du magasin à couvert et pour en faire un endroit propre à peser les poudres.

Un mur de clôture autour du magasin, n’existant pas auparavant, avait été fait pour empêcher l’approche. Ce mur mesurait 31 toises, 1 pied de pourtour, sur une hauteur de 13 pieds y compris les fondations. L’entrée était en pierre de taille avec une porte en chêne.

Un petit bâtiment sur la demi-lune du côté de la rivière servait de poêle à faire sécher les poudres. Construit de muraille en bon état tout autour et couvert de tuiles, il mesurait 4 toises de long sur 3 toises, 2 pieds de large. A l’arrière se situait un corps de garde, l’un et l’autre bâtiments étant fort anciens.

Le grenoir avait été reconstruit parce qu’il avait également été incendié. D’une dimension de 5 toises, 2 pieds, 6 pouces pour 3 toises, 2 pieds, il avait été reconstruit en bois, ainsi que les plates-formes couvertes de tuiles. Dans ce grenoir se trouvaient 4 nouvelles mays (coffres) en remplacement des anciennes. Les mays avec deux tréteaux avaient chacune 12 pieds de long sur 3 pieds de large.

Découverte des malfaçons

Le 15 janvier 1726 avait eu lieu une visite de fin de chantier

Dans le moulin Sainte Barbe le bois vert qui avait été employé n’étant point cintré, des planches qui avaient été cintrées à coups de hache s’étaient fendues. Il était aussi prévu qu’elles soient chevillées et non clouées. Le chéneau en bois étant percée en plusieurs endroits, avait été recouvert, il était aussi nécessaire de faire un mortier sur le bord du chéneau, le long de la muraille, pour empêcher que les eaux ne débordent. Cinq planches courbes de la grande roue étaient fendues et hors service. Le toit du hangar était en si mauvais état qu’il fallait le recouvrir entièrement. Les deux lanternes étaient en bois de fil au lieu d’être en bois courbé, mais aussi clouées au lieu d’être chevillées, ce qui ne convenait pas pour la poudrerie.

Les mêmes malfaçons avaient été constatées dans le moulin Saint Pierre. De plus un pilon avait l’extrémité cassée et le chéneau était trop petit.

Le nommé Jacques Regnier maître charpentier de Metz avait été condamné à réparer et remettre en bon état, à ses frais, ce qui était défectueux.

Au grand hangar où étaient déposées les terres à salpêtre, le grand pan de la toiture du côté du jardin mal couvert, était à remanier et à y mettre toutes les chevilles nécessaires. Le pied de la muraille dans le bout, du côté de la maison des poudriers, était à refaire.

Il y avait plusieurs défauts à la muraille de clôture du dépôt des poudres, sans qu’il soit cependant nécessaire de les piquer et reboucher.

En 1738 lors de la création du rempart du Saulcy, le pont de la poudrerie face à la rue de la Haye, avait été déplacé et reporté sur la place du Saulcy.

Une autre explosion avait eu lieu en 1755.

La poudrerie et l'île du Saulcy en 1781En 1784 une salpêtrerie avait été installée à la poudrerie.

Une nouvelle explosion des deux moulins avait eu lieu le 9 fructidor an 4 (26 août 1796). La population se plaignait en raison des dégâts occasionnés.

Le 7 mai 1806 une délibération du conseil municipal réclamait l’éloignement de la poudrerie, les moulins étant tellement proches du grenoir et des magasins et ceux-ci étant situés trop proches des habitations.

En 1808 une note du gouvernement décrivait la situation de la poudrerie. Les deux moulins étaient adossés au même pignon. En cas d’explosion le feu prenait presque toujours à la toiture du moulin voisin. Le grenoir, le séchoir et le magasin étaient tellement rapprochés qu’on pouvait craindre un incendie général. Si aucun incendie aussi important n’était pas encore arrivé c’était grâce surtout à l’interposition d’un très vieux noyer planté contre les moulins qui arrêtait la projection des débris enflammés.

Le 9 février 1809 le ministre de la guerre avait écrit au préfet de la Moselle en constatant que d’après les différentes explosions précédentes, mais aussi devant les craintes des habitants, il y avait lieu de reculer sur la rive supérieure du bras navigable les moulins à pilons pour diminuer les occasions de sinistres. La note avait pour but de constater que l’usine était en ruine et que le projet ne déplaçait que les moulins et laissait le grenoir et le magasin sous les murs de la ville.

Le ministre voyait dans ces travaux une amélioration pour la ville et exigeait de celle-ci le payement de la moitié des frais de reconstruction. Le 28 février 1809 le conseil municipal avait refusé de s’y associer.

Un règlement du 24 septembre 1812 recommandait d’éviter de faire entrer les convois dans les villes, bourgs ou villages. A Metz les convois sortant de la poudrerie pour quelques destinations que ce soit, étaient obligés de traverser toute la ville. Les convois devaient passer autant que possible sur la terre, toutes les rues de la ville étant pavées de ce quartz si fécond en étincelles. Tous les fumeurs devaient être repoussés du voisinage du convoi. On ne pouvait faire un pas dans les murs sans rencontrer 100 fumeurs. Il était exigé qu’il ne soit pas fait de feu dans les environs du convoi et de fermer sur le passage du convoi, les ateliers et les boutiques d’ouvriers dont les travaux nécessitaient du feu.

Une lettre du 23 mars 1821 ayant attiré l’attention du maire réclamait des peines exemplaires contre les jeunes enfants qui de la rampe de l’esplanade lançaient des pierres sur la poudrerie Ces pierres brisaient les carreaux, pénétraient dans les ateliers et le choc d’une seule pouvait anéantir l’établissement ainsi, que le quartier du pont des morts. Le magasin à poudre n’était qu’à 230 mètres du pont des morts, à 260 mètres du quai du fort, à 300 mètres de l’angle de la rue de Paris, à 370 mètres des maisons de la place du Saulcy.

En mai 1824 l’un des moulins à pilons, reconstruits à leur première place, avait sauté, provoquant le bris des vitres et fenêtres des environs. Situées de 120 à 150 mètres de distance, la rampe de l’Esplanade et la rue de la Garde avaient été couvertes de morceaux de bois enflammés.

Suite aux explosions de 1824 et à la réclamation des habitants du quartier, un décret du 2 juillet 1824 précisait que tout individu qui ferait une construction dans le voisinage d’une poudrerie après que la formation en avait été permise, ne pourrait plus en solliciter l’éloignement. Le ministre de la guerre complétait par ces mots vous n’avez pas le droit de vous plaindre si la poudrerie saute et dégrade vos maisons car cela résulte d’un état de choses que vous avez volontairement accepté en venant vous établir après coup dans son voisinage . Concernant la poudrerie il semble qu’elle était postérieure à la construction des maisons de la rue du pont des morts.

En raison des dangers d’explosion de la poudrerie, en 1838 le gouvernement en avait envisagé la reconstruction. Une note datée d’avril 1841 avait constaté que la poudrerie était établie sur la partie de l’île du Saulcy la plus proche de la ville. Sur moins de 100 mètres de longueur se trouvaient réunis les deux usines à pilons, celles du lissoir et de la sècherie, le grenoir, les ateliers de la presse et du pliage, le séchoir à l’air. Les ateliers d’époussetage et d’enfonçage et le magasin à poudre étaient en dehors le long de la Moselle. Il n’y avait pas de dépôt pour les matières en cours de fabrication qui étaient stockées dans les ateliers de manipulation. Le grenoir était à 120 mètres environ des maisons les plus proches sur la rampe de l’esplanade, ainsi que des maisons qui bordaient le rempart. Les usines étaient situées à moins de 100 mètres et le magasin à poudre était à 200 mètres.

Le chemin qui conduisait aux chantiers de bois passait sous les murs de l’atelier d’époussetage où le poussier se développait avec force et dont il s’échappait avec facilité. Les chemins du Saulcy étaient couverts de gravier de Moselle, fait de petits silex qui dégageaient facilement des étincelles. Les voituriers avec leurs souliers ferrés, les chevaux avec leurs pieds ferrés, les roues des voitures avec leurs jantes ferrées venaient heurter, briser ces petits silex et faire jaillir des étincelles sous les murs de l’atelier d’époussetage. De plus les voituriers fumaient sans arrêt.

Les poudriers transportaient les réserves dans leur magasin situé en dehors de l’enceinte, en traînant leur charrette remplie de poudre. Ils traversaient le chemin des chantiers de bois où ils croisaient les charretiers, chevaux et voitures des chantiers.

C’est dans les poudreries que se fabriquaient la poudre de chasse et la poudre de mine destinée aux grands travaux de terrassement. La poudre de mine était très importante à Metz où l’on en fabriquait le double de ce qui était fait en poudre de guerre en 1840.

En avril 1841 un grand nombre d’habitants de Metz avait fait une pétition contre le maintien en activité de la poudrerie et contre le projet annoncé de construction d’un nouveau magasin à poudre. La mise en adjudication des travaux de construction du nouveau magasin à poudre était annoncée pour le 22 avril. Le conseil municipal avait envoyé le 21 avril, par voie d’huissier au commissaire en chef des poudres et salpêtres, une protestation soit contre le plan d’un nouveau magasin à poudre, soit la reconstruction totale de la poudrerie dans l’île du Saulcy, soit la conservation de l’ancienne usine.

Le ministre de la guerre cherchant à calmer les inquiétudes, avait écrit au maire que ces projets étaient conçus dans le but d’atténuer les dangers.

Le ministre de la guerre à la date du 9 juillet avait jugé inconvenante l’opposition à l’adjudication du 22 avril et avait maintenu tout le projet et donné l’ordre de commencer immédiatement la construction du nouveau magasin à poudre.

Dans le nouveau projet tous les anciens bâtiments étaient transformés en magasins de matières premières, en atelier de préparation de bois et de charbon, en logements et bureaux. Tout le système des moulins s’éloignait de la rue du pont des morts pour être installé sur une ligne parallèle au bras supérieur de la Moselle à 45 mètres de distance de ce cours d’eau.

Six moulins à poudre dont deux armés de meules étaient destinés à la poudre de chasse et les quatre autres armés de 16 pilons chacun étaient destinés à la poudre de guerre et de mine.

La première usine à meule était fixée sur le mur du quai en face du palais de justice à 62 mètres seulement de l’Esplanade et à 155 mètres du palais de justice. Sur la parallèle la deuxième usine à meules, puis successivement les quatre moulins à pilons étaient distants de 50 mètres l’un de l’autre. A la droite du dernier de ces moulins étaient disposés sur la même ligne le lissoir et le séchoir artificiel qui étaient juxtaposés. Le fourneau du séchoir était fixé à 60 mètres en arrière de celui-ci vers le nord.

Ces huit usines tournaient par le moyen d’un cours d’eau emprunté directement au bras supérieur de la Moselle. Un canal de fuite qui enfermait ces usines recevait leurs eaux, après lui avoir fait décrire une seconde ligne parallèle à lui-même, au devant des eaux du séchoir artificiel existant qui se transformait en moulin à meules de triturations pour les matières premières. Il retournait par une direction presque perpendiculaire à son premier cours, dans le bras de décharge de la digue des pucelles à 70 mètres environ en aval du pont de la poudrerie.

Vers le rempart des pucelles à 45 mètres en arrière de la première ligne d’usines et entre les deux canaux parallèles, commençait une nouvelle parallèle composée d’un grenoir de poudre de chasse qui était logé dans le bâtiment existant du magasin à poudre dont la voûte était démolie. A 50 mètres d’intervalle de celui-ci en s’écartant de l’escarpe de l’esplanade était un bâtiment de dépôt où devait essorer la poudre de chasse qui sortait des meules, avant de la déposer au grenoir de chasse. À encore 50 mètres de celui-ci un second bâtiment de dépôt servait pour l’essorage de la poudre de guerre, avec toujours à 50 mètres de ce dépôt le bâtiment du grenoir de poudre de guerre.

A la suite de ce grenoir sur la même ligne mais de l’autre côté du canal de fuite, était situé le séchoir à l’air avec son bâtiment de dépôt de poudre à sécher.

Puis à 50 mètres au nord de ce séchoir, sur une ligne parallèle en prolongement de celle des grenoirs, se trouvaient les trois ateliers de pliage, d’enfonçage et d’époussetage, à 25 et 30 mètres les uns des autres.

Une double palissade d’enceinte passait au pied de ces trois ateliers en s’appuyant à l’est à un bras du canal de fuite et en longeant du nord au sud le fourneau du séchoir artificiel ainsi que l’usine jusqu’à la rivière.

En arrière du bras du canal de fuite qui baignait le pied des grenoirs et de leurs dépôts, était prolongé l’épaulement en terre auquel s’appuyait le séchoir à l’air. L’épaulement suivait jusqu’au bras de décharge de la digue des pucelles, l’angle presque droit formé par les deux parties les plus importantes du canal de fuite des usines. Des ponts de communications étaient jetés sur les différents bras du canal de fuite.

Des palissades séparaient le terrain consacré à tous les moulins ou ateliers à poudre, de l’enceinte occupée par les usines et ateliers qui n’était plus qu’un lieu d’habitation, d’entrepôts de bois, etc.

Enfin au nord-ouest de l’atelier d’époussetage à 100 mètres au plus de cet atelier, à 200 mètres environ du grenoir de guerre et à environ 150 mètres du séchoir à l’air était placé le grand magasin de réserve dans un petit bastion en terre sur le bord de la Moselle.

Le chemin qui conduisait de la place du Saulcy au rivage près de la digue, où se trouvaient les chantiers de bois, passait immédiatement sous les murs des ateliers de pliage, d’enfonçage et d’époussetage, entre ces ateliers et le grand magasin à poudre qui était en dehors de l’enceinte palissadée des usines.

Chacun des moulins à pilons était chargé de 160 kilos de matière à poudre.

Des arbres étaient plantés pour isoler les usines les unes des autres et pour arrêter les bois enflammés.

Suite à ce projet les conclusions du conseil municipal étaient que dans l’ancienne usine les moulins construits sur un seul point n’avaient qu’un seul risque de sauter. Dans le nouveau projet les moulins espacés de 50 mètres, risquaient de sauter les uns après les autres provoquant plus de dégâts du côté de la Moselle, tout en protégeant les maisons environnantes devenues plus éloignées. (134 mètres de l’esplanade et 228 mètres du palais de justice)


La poudrerie de Metz avait été agrandie et reconstruite en 1860. Les divers bâtiments avaient été isolés au moyen de remparts et de plantations de peupliers pour éviter l’ébranlement des bâtiments voisins en cas d’explosion en divisant les couches d’air.

Plusieurs commencements d’incendie s’étaient produit en 1875 l’un causé par la foudre, les autres par des explosions.
Collection D. Mahut

La poudrerie avait été supprimée à la date du premier avril 1886 et remplacée par un dépôt d’artillerie.

La poudrerie avait été transformée en maison de plaisance pour les officiers allemands de la garnison et leur famille. Une vaste promenade avait été créée au Saulcy à l'usage exclusif des officiers. La ville avait revendiqué sans succès son droit de propriété sur le Saulcy.

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