Alimentation en eau des fontaines de Metz

Le 23 août 1720 il avait été constaté que les eaux de Platteville [1], pour alimenter la ville de Metz, étaient boueuses, se troublaient à la moindre pluie et se tarissaient à la moindre sécheresse. Il avait donc été projeté de les remplacer par l’eau des sources de Scy situées dans le jardin du sieur Gomé.

La fontaine de la Baissière au ban de Lessy, avait toujours été une source abondante. Lors de la grande sécheresse de 1719 les eaux y étaient restées abondantes, très bonnes et très limpides.

L’endroit le plus élevé de cette source située dans les vignes, se remarquait par une humidité continuelle de la terre. Les eaux se partageaient en deux branches, l’une passant dans la canalisation en bois que les habitants de Lessy avaient posée et l’autre formant un ruisseau qui coulait le long des vignes et des jardins.

La branche coulant le long des vignes donnait une quantité de 55 pintes [2] en une minute, celle dans la canalisation était de 121 pintes [3]. Cette quantité était plus que suffisante pour alimenter jour et nuit toutes les fontaines de la ville et remplacer les sources de Platteville devenues insuffisantes.

Pour conduire les eaux des deux rameaux à Metz il faudrait les réunir dans un réservoir solidement construit, dont la hauteur permettrait facilement à un homme de se tenir debout sous la voûte.

Le pourtour de réservoir serait garni de terre glaise à l’extérieur ainsi que sous la maçonnerie du fond. L’intérieur du réservoir serait bien cimenté avec du bon ciment rouge. L’entrée serait garnie d’un châssis de pierre de taille pour recevoir un volant [4] de bois de chêne renforcé par des plaques de tôle pour empêcher quiconque d’y entrer. Tous les bois des canalisations seraient en chêne, dont les arbres seraient abattus entre les mois de novembre et janvier. Dans le fond du réservoir un tuyau de plomb servirait à joindre les corps de bois. Toute la maçonnerie serait constituée de bonnes pierres de roche et de bon mortier 1/3 de chaux et 2/3 de sable.

Une canalisation serait posés depuis la source jusqu’au haut de Sainte Croix le plus possible en ligne droite. La distribution des eaux se ferait du haut de Sainte Croix par des tuyaux en plomb jusqu’à chaque fontaine de la ville. Dans la rue Taison très étroite un seul corps serait posé.

La distance entre la source de la Baissière jusqu’au bout du pont des morts étant de 3.000 toises [5], les rigoles que l’on y ferait pour poser les corps [6] seraient soigneusement refermées et le pavé redéposé par-dessus.

Pour que le projet aboutisse il aura fallu attendre l’année 1732.

Le 21 juin 1732 une visite avait été organisée pour retrouver l’emplacement des sources. Dans la vigne au dessus de la canalisation en bois de la plus importante source, il avait été trouvé la jonction de deux rameaux d’eau ce qui semblait indiquer qu’une seconde source se perdait dans un étang où fonctionnait un petit moulin.

Pendant l’espace d’une minute, la mesure de l’eau avait été de 16 pintes [7] pour la petite source et de 80 pintes [8] pour la plus importante. Une nouvelle mesure des deux sources avait donné un résultat 126 pintes [9] pour les deux sources. La mesure de la seule source de Scy était de 61 pintes en une minute.

Devant le besoin extrême dans lequel se trouvait la ville de Metz, vu que les fontaines de Saint Louis et de l’hôpital manquaient souvent d’eau, l’urgence était de trouver de l’eau abondante telle la source de Scy qui était suffisante dans un premier temps. Il serait possible d’y joindre la source de Lessy par la suite.

Le 16 septembre 1732, la ville de Metz avait acheté pour 9.000 livres, le jardin où se trouvait la source, l’utilité publique du projet ayant été reconnue.

Le terrain avait appartenu avant son décès à Monsieur Claude Gomé père, Seigneur de Magnières, et à son épouse Dame Anne de Turgis. L’acte de succession précisait qu’il ne pouvait être fait dans les vignes aucune fouille ou puits afin de ne pas diminuer l’eau des sources.

Claude Gomé de Magnières avait été huissier au parlement de Metz avant d’en devenir le greffier en chef. Il possédait la charge lucrative de receveur des domaines de la généralité de Metz, du Duché du Luxembourg et du comté de Chiny. Il prétendait descendre par les femmes de la famille de Hugues des Hasards, évêque de Toul au XVI° siècle. Il est décédé à Metz le 18 mars 1728 à l’age de 87 ans. Il était le frère de Brice Gomé de la Grange, du nom du château près de Thionville qu’il avait acheté en 1701. Son fils Christophe avait fait rebâtir le vieux château et s’était complètement ruiné à la suite de ses folles dépenses. Le château avait été revendu en 1752.

Les héritiers du jardin étaient le Sieur Claude Daniel Gomé époux de Thérèse de Lavanne, domiciliés rue Mazelle, et sa sœur Dame Françoise Gomé épouse de Monsieur Georges Mamiel, conseiller au parlement de Metz, laquelle après avoir résisté, avait donné son consentement à la vente que se proposait de faire son frère, encore que le prix de 9.000 livres soit supérieur à la valeur du jardin.

Ce terrain situé à Scy et appelé « le grand jardin dit Bellefontaine » comprenait des terrasses, des grottes, des sources et fontaines, un canal, des allées de charmilles, était fermé par une grille en fer sous un grand couvert de tilleuls, avec une petite maison destinée au logement du jardinier, dans la partie basse du jardin, le tout entouré de murailles. Des vignes de la métairie du Sieur Gomé étaient situées dans la partie supérieure.

Lors de la vente le Sieur Gomé fils, s’était réservé la récolte des fruits du jardin et l’usage de la maison et des dépendances jusqu’au jour de la Saint Martin [10].

Les travaux avaient été commencés et achevés en 1733.

Il avait été fait au pied de la cascade dite du vigneron, un réservoir cimenté et voûté, à 2 pieds [11] au dessus du niveau de la porte d’entrée. Le sol en était fait d’un pavé de pierres de tailles de grands morceaux, recouvert d’un ciment rouge. Les murs étaient sans mortier sur un pied et demi [12] de hauteur dans les endroits où les eaux filtrent pour leur permettre d’entrer dans le souterrain où elles étaient captées dans des canaux en pierre de taille.

Sortie de la source La source L'eau va être captée dans un tuyau

Le réservoir communiquait par un petit couloir avec le souterrain d’entrée long de 80 toises [13] qui aboutissait à la porte d’entrée en pierre de taille destinée à recevoir une porte en chêne.

Ce souterrain avait une pente égale d’un pouce [14] par toise [15] pour faciliter l’écoulement des eaux dans des canaux.

Le tuyau dans lequel est captée l'eau Le souterrain Bac de décantation

Près de la porte d’entrée, pour séparer le sable de l’eau, avant d’entrer dans la conduite allant à Metz, 4 ouvertures avait été faites dans un mur en pierre de taille .Les deux premières servaient à nettoyer le réservoir et les deux autres à encastrer l’une le tuyau de la conduite et l’autre à laisser passer les eaux déchargées du sable.

Les tuyaux de fonte réunis avec vis et écrous et rendu étanches par des plaques de cuir gras de Paris, étaient posés sur un mur formant une rigole.

Tous les matériaux avaient été fournis par l’entrepreneur à l’exception des tuyaux qui avaient été fournis par la ville.

L'entrepreneur avait été tenu de mettre des ouvriers en nombre suffisant pour travailler sans discontinuer. "Les messieurs de l'hôtel de ville de Metz pouvaient renvoyer ceux dont ils n'étaient pas contents et l'entrepreneur était tenu de les remplacer."

Concernant la conduite depuis la source jusqu’à Metz, des regards y étaient placés à distance régulière de 100 toises en 100 toises. Ceux en dehors de la ville avaient deux portes en pierre de taille, ceux de la ville un châssis de bois posé au niveau des pavés de la rue.

Les réservoirs de distribution dans les rues étaient faits d’auge de bois de chêne garni de plaques de plomb ou de pierre de taille. Les pavés dans les rues où passaient les rigoles avaient été rétablis le plus rapidement possible et les fontaines construites suivant les plans et dessins.

En 1734, les eaux de la source de la Bessière de Lessy avaient été jointes à celle de Bellefontaine à Scy, par des conduites en fer, au moyen d'un grand aqueduc. La route choisie la plus courte passait par le sentier des vignes.

Souterrain de la source Bac de décantation

La conduite étant insuffisante, une deuxième avait été installée à côté de la première, allant de Scy jusqu'à la fontaine Sainte Croix à Metz, en passant par Longeville, les conduits étant posés sur un mur.

Lors de cette construction, dans la nuit du 22 au 23 mai 1737, un violent orage avait provoqué la formation d'un torrent descendant du Saint Quentin. Une partie des tuyaux et la maçonnerie de la deuxième conduite nouvellement posée avaient été détruites sur une longueur de 32 toises [16], mais aussi des dégâts sur la première conduite où il s’était formé cinq fuites assez considérables.

La deuxième conduite faite avec une nouvelle méthode de jonction en plomb et mastic ayant moins souffert, il avait été prévu que la première conduite soit réparée de la nouvelle façon. Les réparations étaient urgentes afin que la ville ne soit pas trop longtemps privée de ses fontaines.

Les sources de Lessy étaient distantes de la place Sainte Croix de 3.921 toises [17] et le niveau de cette place était plus élevé que ces sources de 140 pieds 3 pouces [18].

De nouvelles estimations avaient été faite le 3 septembre 1731, la première source avait donné 66 pintes [19] par minute et la deuxième 22 pintes [20].

Ces eaux avaient remplacé celles de Plappeville et de Tignomont, que la ville avait substituées en 1706 aux eaux de Luzerailles.

Dans la nuit du 27 au 28 décembre 1748 le vent avait enlevé presque toute la toiture du bâtiment situé dans le jardin de Bellefontaine.

État des conduites d’eau dans la ville de Metz en 1759.

La conduite des fontaines de Scy et Lessy passait sur le pont des morts, par la rue du même nom, puis sur le moyen pont et la rue de la pierre hardie. A l’entrée du moyen pont existait un embranchement pour la fontaine des pucelles dont le bassin d’une contenance de 1.000 hottes qu’on ne remplissait pas, l’eau contractant une mauvaise odeur.

Puis l’ancienne conduite continuait, devant la rue Nexirue avec un embranchement pour cette rue, passait par celle des jacobins en face de la Nexirue. Cette conduite n’était plus d’aucun usage.

Sous le palais, puis sur la place d’Armes, la conduite passait à côté de Saint Gorgon, par la rue de la Princerie, par la rue Taison et de là à la fontaine Sainte Croix. La décharge de l’ancienne et de la nouvelle conduite de cette fontaine tombait dans les latrines qui avaient leur issue dans la Seille.

Une conduite allant de Sainte Croix à Saint Jacques n’était plus d’aucun usage.

Sur la place d’armes il y avait un embranchement qui passait par la rue neuve, la rampe de Saint Etienne, en chambre, sur le pont du Saulcy, et arrivait à l’intendance où il y avait une fontaine. Monsieur l’évêque prenait trois lignes d’eau par un embranchement à la rue neuve.

De la rue de la pierre hardie la nouvelle conduite continuait par un embranchement dans la rue aux ours jusqu’au bassin de la fontaine du gouvernement, lequel contenait 800 hottes dont l’excédent continuait dans la conduite qui passait le long de l’esplanade jusqu’au bassin de Sainte Glossinde, de là passant par la rue des trois boulangers, à la fontaine des prisons dont le bassin contenait 300 hottes.

Cette conduite continuait sur la place Saint Martin, jusqu’à la fontaine de l’hôpital Saint Nicolas qui était finale et dont le résidu des eaux tombait dans la Seille par l’aqueduc des latrines.

L’entretien de la conduite depuis le gouvernement jusqu’aux prisons était à la charge de l’abbaye Sainte Glossinde. Du bassin de Sainte Glossinde la conduite en bois de 60 toises pour le jardin du gouvernement vis-à-vis de la citadelle, était à la charge de la ville.

Après la rue aux ours la conduite continuait par la rue du petit Paris, avec un embranchement pour la fontaine Saint Jacques dont le bassin contenait 600 hottes et dont l’excédent tombait dans un puits perdu situé sous le bassin, puis sur le bout de la place Saint Jacques, rue du plat d’étain à gauche, rue Taison jusqu’à la rue de la Princerie et depuis cette dernière rue jusqu’à Sainte Croix. Elle continuait par la rue devant les Trinitaires, en tournant sur la place Sainte Ségolène pour arriver à la fontaine Sainte Ségolène. De là une conduite passait par le Tombois, et à la fontaine de la basse Seille qui était finale et dont les eaux se déchargeaient dans la Seille.

De Sainte Ségolène une autre conduite passait par la rue boucherie Saint Georges jusqu’au bout du pont devant Saint Livier, et descendait à la fontaine Chambière. Il y avait un embranchement pour former la fontaine Saint Clément dont le bassin contenait 800 hottes.

Problème avec le locataire du jardin de Bellefontaine en janvier 1787

Depuis le printemps 1734 le jardin de Bellefontaine avait été proposé à la location par la ville de Metz.

François Remy, locataire et habitant du jardin de Bellefontaine, avait abattu 6 noyers sur les 13 existants. Le corps de ces arbres abattus était endommagé par les gelées des années précédentes. Lors de la chute des arbres le mur en contrefort avait été dégradé.

Il avait également coupé les cimes des 7 autres noyers dont les branchages avaient été débités en bois de chauffage.

L’année précédente le sieur Rémy avait déjà procédé de la même façon.

Il avait reconnu avoir vendu la totalité de autres 10 noyers, mais avait planté en remplacement le long du mur, du côté des vignes, 59 pêchers et abricotiers en espalier qui devraient être d’un meilleur rapport que les noyers abattus. Concernant les dommages résultant des arbres abattus ils devraient être couvert par les nouvelles plantations, lors de la fin de son bail.

La ville vendrait à son profit les 13 noyers, ainsi que le bois et les fagots, et ledit Rémy remettrait à la ville les 50 livres reçues pour les branchages déjà vendus.

16 autres arbres, poiriers, pommiers, pruniers qui avaient été élagués dont un abattu sur place par le vent, trop vieux ne pouvaient plus produire grand chose. Ils seraient donc abattus et vendus au profit de la ville et remplacés par d’autres de la même espèce.

Du mur abîmé par la chute des arbres, un des contreforts avait été ébréché sur l’angle et le mur avait 3 anciennes lézardes qui s’étaient aggravées lors de la chute. Il était nécessaire de réparer le mur et l’angle du contrefort, ce que ferait le sieur Rémy en laissant les racines sur place afin de ne pas occasionner de nouvelles dégradations.

Un état des lieux en 1805 puis en 1842 donnait une description détaillée du domaine.

Dans la maison au rez de chaussée une chambre, avec une cheminée antique à pied de biches dans un angle et une pierre à évier ancienne ainsi qu’une deuxième chambre.

L’étage se trouvait à la hauteur du jardin avec sur le devant la porte d'entrée en haut de quatre marches d'escalier circulaire en pierres de taille. Le corridor d'entrée était éclairé par une grande fenêtre très ancienne composée de 28 petits carreaux.

Une petite chambre éclairée par deux croisées, une sur le grand jardin semblable à la croisée précédente, une donnant sur le côté. A gauche de la porte d'entrée une armoire jusqu’au plafond et une cheminée à moulures.

Une autre chambre avec cheminée en pierre de taille à moulures, avec à sa droite une armoire et à gauche une alcôve. Cette chambre était éclairée par une grande porte avec 24 carreaux de verre blanc, donnant sur le balcon, faisant face à la Moselle en contrebas.

On accédait au moyen d’une échelle à un grenier éclairé par une gerbière placée dans le pignon de la grande façade, du côté jardin.

Dans un bâtiment adossé à la maison principale, était située une chambre à four avec une cheminée en pierres de taille, communiquant avec une première cave suivie d’une deuxième cave.

Dans la cour d'entrée à droite un petit bâtiment servant d'écurie. De là on communiquait au jardin par un escalier de 12 marches en pierres de taille fortement usé.

A l'entrée au dessus de l'escalier de la cour des cerisiers, poiriers, abricotiers, vigne, en tout 50 arbres. Au dessus de la grotte : poiriers, pommiers, cerisiers, pruniers, vigne, en tout 41 arbres.

En bas des escaliers le jardin principal avec des poiriers, pommiers, pêchers, pruniers, figuiers, vigne, en tout 124 arbres. Devant la fontaine : cerisiers, pruniers, pommiers, vigne, en tout 27 arbres.

Devant et derrière les communs : pruniers, cerisiers, pommiers, poiriers, figuiers, noisetiers en tout 37 arbres.

Un escalier allait au grand verger supérieur avec une vigne à chaque extrémité dans lequel on trouvait : cerisiers, pruniers, pommiers, poiriers, abricotiers, noyers, en tout 165 arbres. Dans l'avenue supérieure des noyers, pommiers, cerisiers, en tout 28 arbres.

Soit un total de 472 arbres pour la propriété.

'.

Notes

[1] Plappeville

[2] environ 52 litres

[3] environ 115 litres

[4] porte

[5] entre 5,5 km et 6 km

[6] canalisations

[7] environ 15 litres

[8] environ 76 litres

[9] environ 120 litres

[10] 11 novembre 1732

[11] environ 65 cm

[12] environ 50 cm

[13] environ 160 mètres

[14] environ 3 cm

[15] environ 2 m

[16] environ 62 m

[17] entre 7,5 et 8 km

[18] environ 45m

[19] environ 63 litres

[20] environ 21 litres

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