Les naissances à problèmes

5 novembre 1651
Le dimanche le meunier étant retourné en son logis, la messe paroissiale achevée, il apparaît en regardant par la fenêtre de sa chambre, une femme ou fille sur la chaussée ou l’étang du moulin, couchée sur son côté, les pieds dans l'eau et le visage par terre, et qu'ayant pris curiosité de voir qui c'était, il sortit de son logis et s’en alla sur le lieu où il trouva Claudon, servante, laquelle avait une lisière de drap au col de couleur bleu avec un noeud coulant comme un lasso attaché par un bout à une branche de peuplier sur le bord dudit étang.

Ladite Claudon se voyant approchée, elle s'en alla incontinent dans l'eaux en bandant fort ladite lisière en sorte que quand il s'est approché, il la trouva presque immobile, la bouche pleine d'écume, la gorge fort enflée et le visage tout bleu, sans mouvement et tellement étonnée qu'elle fut environ une demi heure sans sentiment, ce qui fut cause que le meunier cria "à l'aide" auquel cri accoururent plusieurs personnes. Une des personnes avec une grande promptitude coupa ladite lisière et la tira hors de l’eau.

Sortie de l'eau Claudon fut conduite au moulin pour la réchauffer et elle y demeura quelques temps. Elle déclara en parlant et répondant à plusieurs personnes qui l'interrogeaient auprès du feu, "Le diable non le Satan lui aurait dit qu'il fallait qu'elle s'étrangla, qu'elle serait bien heureuse et qu'elle n'aurait pas la peine d'aller demander pour elle nourrice et sage femme"

Claudon ajoutait que ce qui l'avait occasionné à se vouloir ainsi précipiter, est qu'elle n'était pas encore prête d'accoucher et qu'elle n'avait plus rien pour vivre, d'autant que Jean lui avait attrapé tout ce qu'elle avait, notamment l’argent de si peu de grains qu'elle avait amassé à glaner pendant le cours des moissons dernières, et qu'elle avait vendu.

Et avec l'argent il avait acheté un chapeau, une chemise et autre chose, sur la promesse qu'il lui avait faite de l'épouser.

Mais que voyant qu'il lui manquait de promesse et la remettait de jour à autre, il avait ladite chemise vêtue le jour de la toussaint, bien qu'il lui ait promis qu'il ne la vêterait que le jour qu'il l'épouserait. Tout cela l'avait mis au désespoir.

4 octobre 1685
Pardevant les gens de justice, sont comparus Françoise assistée de Barbe, lesquelles ayant apporté un enfant fille baptisée le jour précédent, ont certifié que nous ayons à nous transporter au logis d'Estienne pour être présent à la réception dudit enfant, d’autant que ledit Estienne dément d'être le père et nous ont assuré verbalement que la nommée Gabrielle mère dudit enfant avait déclaré jusqu'à la mort et près de la justice qu'elle avait été engrossée dans l'année, dudit Estienne étant à son service pendant l'année dernière.

Sur quoi nous échevin de justice, nous étant transporté audit logis d'Estienne, nous avons fait mettre l'enfant toute nue pour reconnaître son état. Nous avons trouvé que ladite enfant était en bon état selon l'air d'un enfant âgé d'un jour 1/2, lequel nous l’avons laissé à la garde dudit Estienne et de Marguerite sa femme et leur avons ordonné d'agir en bon père et mère à peine d'en répondre devant la justice.

Ce jour cinquième octobre 1685, en poursuivant notre procès verbal en date du jour précédent ledit Estienne comparant en personne en notre présence, nous a déclaré que à l'égard de l'enfant dont il est accusé, il nous a bonnement de son plain gré et sans y être pressé, dit qu’il s'en chargeait et qu'il agirait en bon père de famille.

11janvier 1718
Requête de Jean Baptiste, lieutenant dans le service du roi disant qu'il avait eu le malheur de voir et de connaître Madeleine, qu'elle se serait trouvée enceinte de ses oeuvres et accouchée d’un fils il y a environ un mois, et comme sa conscience l'oblige à tenir à cette fille les promesses qu'il lui a faites de l'épouser, il se serait adressé au curé lequel a fait refus, disant qu'il avait appris qu’il était déjà marié à une autre fille.

La vérité étant qu'il a autrefois fréquenté une autre fille, qu'elle a aussi eue un enfant, lequel est mort, qu’elle s'est retirée chez ses parents, puisqu’il ne l’avait pas épousé.

Comme il lui importe de prendre ladite Madeleine tant pour lui réparer son honneur que pour le repos de sa conscience, il est obligé de recourir à l’autorité du curé. Le curé répond qu'il avait du refuser de proclamer les bans, qu'il y avait des bruits qui couraient disant qu'il était marié.

Le certificat produit par le régiment certifie qu'il n'y a pas eu connaissance qu'il ait été marié. Les fiançailles ont eu lieu ainsi que le mariage le 11 janvier 1718.

13 novembre 1719
Le 13 novembre 1719 Jeanne a juré et affirmé qu'elle était enceinte des oeuvres de Jean, lequel a jouit charnellement de ladite Jeanne sur la fin du mois d'avril dernier. Etant dans les bois, au retour de la ville, ledit Jean a encore jouit d'elle au mois de juin, l'ayant même recherchée plusieurs fois dudit juin pour jouir d'elle, comme il avait fait auparavant, ce qu'elle n'a pas voulu consentir.

Au procès du 5 février 1720, l'accusée Jeanne dit du témoin, mère de Jean, que c'est une méchante femme et qu'elle lui en veut.

En janvier dernier un témoin a déposé qu'il a vu Jeanne et son beau-père qui façonnaient du bois. Jean qui travaillait dans une autre portion lui a dit qu'il était bienheureux d'avoir une grosse fille comme celle là, pour travailler et porter les échalats. Le beau-père fit réponse que c'était son bidet, et que quand il était dans quelques jardins ou vignes avec sa femme et sa dite fille, que quand il baisait sa femme, sa fille le tirait en bas. Ledit Jean a dit que la fille le ferait aussi volontiers que la mère et ledit beau-père a dit qu'il se vantait.

Un autre témoin a dit au beau-père de Jeanne que sa fille allait se marier avec Jean. Celui-ci répondit que l'on disait que Jean était impuissant et que c'était de lui que sa fille était enceinte.

Le 3 mars 1720 il est reconnu que Jeanne et son beau-père, deuxième époux de sa mère ont un comportement charnel depuis 4 ou 5 ans et ladite Jeanne est enceinte des oeuvres de son beau-père, qu'il lui avait fait prendre plusieurs médecines pour la faire avorter de son fruit.

Ladite Jeanne ayant prêtée son consentement et participée depuis plusieurs années au commerce charnel incestueux et scandaleux, a été condamnée à assister à genoux sous le gibet, à l'exécution de son beau-père, et après, à être battue, nue, fustigée de verges dans les carrefours de la place publique, sous le même gibet, pour y être flétrie d'un fer chaud portant l'empreinte d'une croix de Lorraine sur l'épaule droite et à être bannie à perpétuité.

19 avril 1734
Le 19 avril est née Elisabeth fille de Catherine, femme de Michel dans les galères du Roy depuis environ un an, et qu’elle dit avoir eue de deux inconnus sur le grand chemin, selon qu’il a été rapporté par Françoise la sage-femme, laquelle a dit que Catherine avait assuré après serment, dans les douleurs de l’enfantement qu’elle était enceinte des œuvres desdits inconnus.

9 janvier1755
Procès contre Marguerite, 30 ans, accusée et prisonnière à la conciergerie du palais.

Accusée d’avoir accouchée le 25 décembre 1754 sans assistance de matrone et sans avoir fait appeler le maire ni autres officiers de justice et d'avoir ôté la vie à l'enfant.

A été condamnée à être pendue et étouffée jusqu'à ce que mort s'ensuive.

La cour dit qu'elle a été mal jugée et renvoie Marguerite absoute de l'accusation contre elle formée.

Interrogatoire de l’accusée
Interrogée Marguerite a dit que la matrone étant partie à la messe, avait fermé la porte de la maison et qu’elle n'avait pas pu avertir la matrone et le maire. Elle voulait partir pour se confesser et n'a pu y aller car enfermée chez la matrone.

Les maux de l'enfantement sont arrivés entre midi et une heure comme un coup de pistolet. Elle a accouché entre midi et une heure. Interrogée pour avoir caché son accouchement, a répondu et dit qu'elle était réglée. Au retour de ladite matrone elle lui a dit qu'elle avait accouché et qu'elle devrait entendre l'enfant crier.

Pourquoi a-t-elle caché son enfant en l'entortillant dans son giron. A répondu ne l'avoir pas caché mais s'être couverte pour cacher son sang.

Interrogée de qu'elle façon son enfant est mort, a répondu il est venu mort de froid parce que à l'instant de son accouchement est survenue la nièce de la matrone, appelée Nicole qui l'aurait pris par la tête en la tirant hors du lit et l'aurait chassé dehors à coups de balai. Elle n'a pas fait d'effort pour tirer l'enfant de ses entrailles.

Interrogée à quel endroit elle a touché son enfant pour aider à son accouchement et pourquoi il était meurtri de chaque côté du col, a répondu qu'elle ne l'a pas touché et que s'il avait des meurtrissures elles ne provenaient pas de sa part.

Déposition de la matrone 53 ans
L'accusée est venue la veille de Noël chez elle qui l'aurait gardée par charité, mais le lendemain étant obligée d'aller mendier car handicapée, elle aurait trouvé à son retour, beaucoup de sang dans la paille dans sa maison. Elle aurait fait sortir l'accusée en la traitant de malheureuse et aurait entendu à ce moment une petite voix ne pouvant dire si c'était l'enfant ou l'accusée, qu'elle a fait rentrer à cause de l'état dans lequel elle se trouvait. La déposante dit qu'avant de partir elle avait fermé à clef les portes de sa maison et laissé seule l'accusée.

Déposition de Nicole
Nicole ni parente de l'accusée se serait rendue chez la matrone et aurait trouvé l'accusée au lit disant qu'elle était réglée. L'accusée a dit qu'elle allait s'en aller, s'est assise sur une chaise et a entortillé son enfant dans son tablier. L'accusée l'a empêchée de voir et a entortillé encore plus fortement son tablier, mais elle ne saurait dire si l’enfant était encore en vie.

Le maire arrivé chez la matrone aurait vu la personne inconnue toute ensanglantée laquelle avait son giron retroussé, il aurait détroussé le tablier et trouvé un enfant mâle qui venait de naître et qui semblait encore vivant, mais la matrone a assuré qu'il était mort.

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