Le maire et le curé

En 1819 le maire se plaignait du curé lequel lors des complies avait attrapé le sonneur de cloches et l'avait copieusement enguirlandé devant tous les fidèles parce qu'à l'avis du curé il avait sonné trop tôt les cloches. D'après le maire, le curé était attablé au cabaret et avait oublié ses complies.

Puis le maire a demandé l'intervention de l'archiprêtré pour qu'il le débarrasse du curé, sous prétexte que ce dernier avait provoqué un scandale énorme. Il voulait forcer un étudiant du village qui s'était compromis avec la jeune Annette en lui faisant l'amour devant témoins, un dimanche avant les vêpres. Le maire a fait intervenir les gendarmes pour contrer le curé.

En 1822 le maire assure qu'il ne fera aucune réparation au presbytère aussi longtemps que le curé y demeurera, bien qu'il pleuve comme sur la route. Le maire ne fera rien non plus à l'église et a d'autre part supprimé le supplément de pension dû au curé. Il veut absolument qu'il s'en aille.

En 1826 nouvelle plainte du maire à l'évêque. Le curé ne dit plus que des messes basses les dimanches et fêtes et supprime souvent les vêpres. Il a créé un nouveau scandale en refusant le saint viatique à une percluse des deux jambes qui l'avait réclamé par cinq fois. Morte comme un chien le curé l'a fait enterrer par son vicaire dans le coin des non baptisés du cimetière, sans la laisser entrer à l'église.


Le curé se défend et écrit à l'évêque.
Voici le résultat des informations que j'ai faites au sujet de la plainte portée par monsieur le maire et quelques habitants de la commune, contre le curé desservant de cette paroisse.

D'abord il me parait qu'une haine personnelle existe entre le maire et le curé. Le maire lui a retiré son supplément, on ne sait encore pourquoi. La plainte du maire est signée d'un grand nombre de personnes qui n'avaient aucune connaissance de ce que contenait la plainte, et plusieurs de ceux et celles qui l'ont signé s'arrachent aujourd'hui les cheveux de l'avoir fait.

Premier point.
Un grief qu'a le maire contre monsieur le curé est d'avoir refusé d'enterrer après la messe une fille de 22 ans morte subitement dans les derniers jours de décembre dernier. Le cadavre est resté 36 heures sur terre avant l'inhumation et exhalait une odeur infecte puisque ceux qui le portaient étaient obligés d'avoir sous le nez un mouchoir imbibé de vinaigre. On avait demandé à monsieur le curé trois grands messes pour le service et monsieur le curé avait invité deux de ses confrères pour l'aider dans ses fonctions. Lorsque le maire a vu que le curé l'enterrait avant les messes commandées, il est allé lui même dire aux parents de la défunte: dites que vous ne voulez point de messe, et monsieur le curé qui avait invité ses confrères en a été pour ses frais.

Deuxième point.
4 ou 5 jours après cet esclandre la femme du maire meurt. Il va trouver monsieur le curé et lui demande quatre grands messes pour l'enterrement de sa femme. Monsieur le curé lui répond: "pour la mienne vous pouvez y compter, mais si vous voulez en avoir d'autres, invitez vous même les prêtres que vous voudrez parce que vous pourriez bien faire ce que vous avez fait il y a 4 ou 5 jours et refuser les messes que vous demandez."

En conséquence monsieur le maire est allé au village voisin faire les service de sa femme.

Troisième point.
On reproche à monsieur le curé de commencer quelquefois la grand messe haute et de l'achever basse, mais monsieur le maire ne dit pas qu'une clique de libertins et de mauvais sujets se donnent le mot pour interrompre monsieur le curé, par leurs vociférations qui scandalisent les personnes à l'église et qui forcent monsieur le curé à continuer la messe basse.

Voilà monsieur le vicaire général au juste ce que j'ai découvert. Je sais que monsieur le maire est une personne marquante dans la commune et dans tous les environs par les services importants qu'il rend aux habitants, en leur remettant bras, jambes, cuisses cassés, gratis, mais tous les actes de charité ne l'établissent pas pour cela un bon chrétien puisqu'il ne fait point de Pâques.

Il est allé il y a trois ans se confesser à monsieur le curé qui n'a pas jugé à propos de l'absoudre.

En général monsieur le grand Vicaire, les paysans de notre canton sont tous méchants et n'ont rien autre chose à dire que "faisons sauter celui là et nous en aurons un autre"


Excédé par ces chicanes, le curé s'en va et sera remplacé par un autre. Le nouveau curé sera victime des mêmes ressentiments et tracasseries du maire. A bout de nerfs, il deviendra involontairement un assassin.

Cette obstruction systématique exaspéra à son tour le préfet qui destitua le maire le 13 août 1827. Les désordres cessèrent alors comme par enchantement.

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