mes souvenirs des années 50 et 60.

Le Sablon, c'est ma très chère enfance. Je suis arrivé dans ce quartier en 1954. J’avais un an. Mon père, militaire, venait d’être muté à Frescaty et nous habitions au 12 de la rue Gabriel Pierné. J’étais le plus jeune de la famille et j’avais trois sœurs et un frère.

En cette fin des années 50, j’avais ma première promotion sociale. Je quittais la barboteuse pour le short. Notre immeuble était au milieu des champs, et la sente à My un petit sentier. J’ai vu construire tous les immeubles aux alentours. C’était d’ailleurs notre amusement d’aller jouer dans les chantiers.

J’ai passé de merveilleuses années dans notre immeuble. C’était des familles de militaires. Le soir, nous nous retrouvions tous assis sur un petit mur à discuter à perte de vue. Au fil des années, les centres d’intérêts changeaient. Youri Gagarine ou Alan Shepard, Anquetil ou Poulidor, Johnny ou Eddy. C’était l’époque où nous rentrions de l’école pour nous précipiter sur le transistor. « S.L.C. salut les copains ». El le soir, nous allions chez les voisins qui avaient la télé pour regarder le palmarès.

Et pendant ce temps, les immeubles poussaient. Celui de la Sente à My d’abord, puis celui dans le prolongement du nôtre, vers la route de Magny, puis la tour en face et son immeuble voisin.

Je suis entré à l’école maternelle du Graouly à la rentrée 58 puis à St Bernard en 59. A cette époque, la rentrée était le 1er octobre.

Nous y allions à pied, le parcours était toujours le même. La sente à My, la rue Lothaire, la rue des Robert avec arrêt à la boulangerie Marigiola pour acheter un Schneck ou un pain au lait. De temps en temps, je passais chez Mouzin pour acheter des « lunettes ». Passage devant l’église et enfin l’école.

A l’époque, les garçons étaient séparés des filles par un grand mur qui nous évitait les mauvaises pensées et nous permettait ainsi une meilleure concentration sur le travail. (Ces principes n’ont d’ailleurs jamais été vérifiés, mais qu’importe).

J’ai connu en 59 Madame Sarre, puis en 60 au CE1 avec Monsieur Karch, en 61 au CE2 Madame Lacroix, puis 62 et 63 au CM1 et CM2 avec Monsieur Barthel

Ayant souvent la tête en l’air, j’ai redoublé mon CM2 en 64 avec Monsieur Pierron. Je me rappelle de cette classe, avec la carte de France affichée au fond et les pupitres maculés de l’encre violette des encriers Et puis, ce fut les cours complémentaires en 65 et 66. Monsieur Freiburger nous enseignait l’allemand, Monsieur Potier le Français, Monsieur Marchal les maths, Monsieur Dromzé et Monsieur Kirsch, je ne sais plus quoi. Ca n’a pas dû me marquer. Il y avait aussi Monsieur Hamburger. Et le Directeur qui nous terrorisait, Monsieur Schont.

Et les copains, comment s’appelaient ils, ma mémoire me fait défaut. Qu’on me pardonne, je vais sûrement écorcher les orthographes. Je me rappelle en vrac de Harote, Hill, Dieudonné, Dufour, Ferry, Tosi, Bensoussan, les frères Rémigi, Dufour, Grumberg, Schmitt, Staub, Joly, Tison, Sommer, Gillet, Matusiak, Kologreski, Sédiki, Kurula, Morineau, Choc, Kieffer, Amelot. Enfin, ça va me revenir, il faut que je retrouve les photos de classe.

A l’école, je me rappelle, notre attention était souvent attirée par le rugissement des réacteurs des F84 qui amorçaient leur descente à basse altitude.Mon père était gendarme de l’air. Parfois, il nous racontait un crash. Un jour, c’était au dessus de la Seille. Un F84, réacteur étouffé, était en perdition. Le pilote, au lieu de s’éjecter à dirigé son appareil vers la Seille pour éviter des baraquements d’ouvrier, pleins à craquer.

Une autre fois, un pilote avait fait un pari stupide. Il voulait démontrer que l’appareil pouvait décoller sans les JATO (fusées d’appoints placées sous le fuselage et qui fournissait pendant quelques seconde la poussée nécessaire pour arracher le F84 du sol). Pour décoller, il a décollé. Mais sans puissance, il a survolé la route pour exploser dans le petit bois en bout de piste.

Et chaque fois, un copain avait perdu son père.

A cette époque, il y avait aussi l’Algérie. Mon père y est allé comme les autres. Tout ça pour dire que j’ai vraiment connu la vraie solidarité des familles.

Et l’église dont la place était si importante dans le cadre du concordat. Quand je vois aujourd’hui ces laïques intégristes qui en sont à mesurer la dimension d’une petite croix de communion pour savoir s’il elle est ostensible ou ostentatoire, ils n’ont pas connu le bonheur d’être enfant de chœur. A 7 heures moins le quart du matin, en hivers, je me vois arriver, petit enfant de chœur de 9 ans, à la sacristie où l’impressionnant curé Chattam m’attendait pour la messe. Oh, ce n’est pas qu’elle avait du succès sa messe, les sœurs du couvents étaient là avec quelques grands-mères plusieurs fois centenaires.

Le dimanche, les enfants étaient séparés. A droite les garçons, à gauche les filles. Nous étions avec nos shorts dont les poches étaient pleines de billes. Quand on s’agenouillait, quelquefois une couture craquait, et les billes tombaient sur le sol. Pendant l’adoration, c’était tac tac tac tac tac tac tac tac tac tac tac tac tac tac … Et le regard foudroyant du père Chattam et de la mère principale du couvent.

D’autre fois, l’abbé Caillou, l’abbé Zinst ou encore l’abbé Trapp venait me chercher en classe vers 10 heures pour servir un enterrement. Je n’aimais pas servir les enterrements parce que l’on n’avait pas de dragées comme pour les baptêmes ou les mariages.

Le dimanche, c’était toujours le même programme, 7 heures, messe basse. 9 heures, messe des enfants, 10 heures, messe des Allemands, 11 heures, messe des feignants. Et l’après midi, c’était les vêpres, Alléluia, suivi du cinéma de l’abbé, youpi ! C’est là que j’ai découvert Charlot et Laurel et Hardy.

Le cinéma, c’était aussi le Lux. Ca va cogner avec Eddy Constantine, Ca va aussi cogner avec les péplums et ça va encore cogner avec Don Camillo. Le Lux, quelle chance d’avoir connu ce cinéma de quartier pour une éternelle dernière séance. C’était les parterres à 30 centimes et les balcons à 55. Ce monde turbulent était surveillé par un personnage inquiétant, sorti tout droit d’un film d’Hitchcock, une vieille dame en noire que nous surnommions irrévérencieusement le corbeau.

Les fêtes tournaient autour de l’église. La kermesse bien sûr, la retraite au flambeau, le mois de marie en mai, le rosaire en octobre. Les rues étaient pleines, tout le monde participait. Mon Sablon, c’était une grande famille très unie.

Il n’y avait pas encore d’hyper à l’époque. Nous allions nous approvisionner au Sanal, rue Lothaire ou aux Ecco. En face, c’était Fici le charcutier qui nous faisait toujours cadeau de buvards ousqu’il faisait de la réclame pour son magasin. Plus haut dans la rue, un autre personnage inquiétant, le père Biache, dentiste ayant une solide réputation de boucher. La terreur de nos petites dents cariées par les bonbons à 1 cts. Et la rue des Robert. Je me rappelle du laitier qui nous servait avec sa grande louche.

Rue St Livier, il y avait en bas, un bazar ou je me précipitais pour acheter des jouets à 1 francs. Plus haut, c’était le marchand de vélo. Citroneige je crois. En remontant, rue de la Chapelle, c’était le libraire, Hebtin. C’est là que j’achetais Pilote et Tout l’Univers.

Tout ça, c’est loin, très loin même. En 1967, mon père était muté sur Paris et je ne suis pratiquement plus revenu. J’avais treize ans.

Aujourd’hui, à 52 ans, si vous me demandez une définition du bonheur, je vous réponds : Le bonheur, c’est d’avoir 10 ans et de lire un spirou perché en haut du grand mûrier de la Sente à My.

Si vous voulez d'autres souvenirs, inutile de mettre une tune dans le bastringue, un, mot, une phrase, une date, un nom... et le moulin à parole redémarre...

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